Les interventions du redoutable polémiste (nous le sommes tous) restent généralement sans réplique, malheureusement, ses victimes n'éprouvant pas le besoin qu'on mesure davantage la justesse de la critique et c'est bien dommage, cela nous permettrait de rire encore un peu, car si le polémiste est intervenu, c'est évidemment que ce n'était vraiment pas drôle du tout.
L'éléphant de porcelaine L'arpenteuse du racisme La brouillonnologue de la CGMM N otre critique et sa poésie
Les fulminations de Dominique Deslandres, de René Latourelle et de Robert Toupin contre le « Mythe contemporain Laflèche »

Polémiques II

Guy Laflèche,
Université de Montréal

Ce livre est une ordure (V)

Table des matières : index

Petit intermède, petit intermède, petit intermède
sur « reves.ca » pour les Survenants de Vandendorpe

      Oups ! Vous êtes tombé inopinément ici, en plein milieu d'une vingtaine de fichiers sur l'« Affaire Gosselin » ? Aux Éditions du Singulier, en plus (et non à l'Université de Montréal où l'ouvrage se poursuit avec le compte rendu critique des Bienveillantes de Jonathan Littell). Alors c'est que Christian Vandendorpe tente de vous dépayser pour illustrer à bon compte ma « hargne délirante », lui qui essaie maintenant de me dénigrer, après s'être livré en vain à la délation contre moi auprès des autorités de mon Université.

      Vous venez donc de « reves.ca  » (drôle de nom, vous ne trouvez pas ?). Comme vous le voyez, je ne suis pas du genre à cacher les adresses, comme on le fait sur « reves.ca » où le renvoi à mon travail sur le rêve ne se trouve pas. Il a même été soustrait, avec la suppression abrupte de la référence générale à mes fichiers sur l'internet.

      Voici en effet la bonne adresse que vous cache soigneusement Christian Vandendorpe, qui vous envoie ici avec la plus parfaite mauvaise foi, comme s'il n'était qu'un apprenti chercheur voulant se donner raison en cachant des informations ! Vous voyez, c'est toute la différence entre « reves.ca » qui cache l'adresse de RRR et RRR qui non seulement donne l'adresse de « reves.ca », mais en propose une substantielle analyse critique.

      La vérité et la compétence se trouvent donc à l'adresse suivante.

http://www.Singulier.info/RRR/.

      Comme vous l'apprendrez, je n'ai pas colligé une petite centaine de récits de rêves : c'est moi qui ai mis en place le projet de recherche dont Christian Vandendorpe s'est accaparé, en le détournant complètement de ses objectifs scientifiques, pour en faire un fourre-tout sans nom. Et on comprendra vite, sur RRR, que mon corpus de récits n'a absolument aucun rapport avec le choix de « récits bien construits », comme l'affirme C. Vandendorpe, puisque précisément, tout au contraire du fourre-tout que constitue « reves.ca », les règles et critères du corpus sont précisément et soigneusement décrits. L'établissement et la justification de son corpus, c'est d'ailleurs le point de départ de toute analyse scientifique, tandis que C. Vandendorpe s'est montré à ce sujet « fermé à toute discussion raisonnée », comme il dit lui-même, en inversant les rôles.

      Christian Vandendorpe prétend ne pas m'avoir invité à faire partie de la phase II de « son » projet. Ce n'est pas vrai. En particulier, il a détourné en sa faveur et en faveur de ses amis (dont son épouse), un projet que j'avais conçu et mis en place, alors que je présentais des projets dans une autre de mes spécialités, les écrits de la Nouvelle-France — la preuve en est que j'avais donné mon premier séminaire sur le rêve avant de rédiger le texte du projet qu'il a présenté au CRSH pour la demande de subvention de notre équipe, équipe de recherche que j'avais moi-même constituée.

      Et voilà. Vous en apprenez de belles, n'est-ce pas ? Cela dit, ce n'est pas parce que vous venez de « reves.ca » que vous ne vous intéresserez pas aussi, après RRR, à mes Polémiques. Mais pour le savoir, le mieux est d'en voir la table des matières.

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Le 10 juillet 2008

Appendice documentaire. Voici le texte de Christian Vandendorpe à mon sujet. Il n'est pas daté (il a vraisemblablement été publié en mai 2008) et je le recopie aujourd'hui des fichiers de « reves.ca », où je viens tout juste de le découvrir, 10/07/2008.

« Remarque : après avoir colligé avec ses assistants une centaine de récits de rêves, Guy Laflèche a cessé tout apport à cette base de données. Au lieu de recueillir les récits de rêves dans la littérature afin de pouvoir en établir une typologie et dégager le rapport des auteurs à l'expérience onirique, il aurait voulu que la base se limite aux récits « bien construits » correspondant à sa grille préétablie. Même un outil informatique comme mysql-php, qui est utilisé pour cette base de données, n'échappait pas à une hargne délirante [référence href au présent fichier] toujours en quête d'exutoire et fermée à toute discussion raisonnée. Le dialogue avec lui étant devenu impossible, je ne l'ai pas invité à faire partie de la phase II de cette recherche. — Christian Vandendorpe ».

Christian Vandendorpe se rétracte

      Voici la « remarque » qui remplace, le 30 août 2008, le texte intemprestif qu'on vient de lire.

« Remarque : en raison d'un désaccord croissant et irréductible sur les objectifs, les méthodes et même les outils informatiques, cet estimé collègue a cessé toute contribution significative à la base dès octobre 2002. Au total, l'apport de Guy Laflèche représente environ 5% des entrées littéraires de cette base. Il en est ici chaleureusement remercié ».

— [Christian Vandendorpe].

      Et la page d'accueil de « reves.ca » d'afficher fièrement, toujours au 30 août 2008, les statistiques suivantes : « 1746 récits de rêves littéraires, 393 auteurs (plus les anonymes) et 500 récits de rêves "ordinaires" ».

Réplique

      « Reves.ca » est aujourd'hui l'oeuvre du seul Christian Vandendorpe, sous le couvert d'une équipe de recherche propre à réaliser tous ses caprices d'« objectifs » et fantasmes « méthodologiques ». Il n'a même plus besoin de « signer » sa remarque méprisante à mon endroit que rien ne justifie, bien entendu. Quels sont donc les objectifs et les méthodes de « reves.ca » ? — On connaît les objectifs et les méthodes de RRR, clairement exposés. Où donc se trouvent ceux de « reves.ca » ? La réponse est simple : nulle part.

      La banque d'Antonio Zadra ne rassemble pas des récits de rêves « ordinaires », même entre guillemets. Sur RRR, on sait pour les avoir étudiés qu'il s'agit de rappels de rêves, dont on connaît maintenant la nature et la structure narrative.

      « Reves.ca » ne comprend pas 1746 récits de rêves littéraires de 393 auteurs. C'est faux. Nulle part sur ce site n'est défini ce qui constitue un récit et on peut estimer que plus de 70% des textes recopiés ici et là, sans aucune analyse critique (par les assistants de recherche subventionnés par le CRSH), ne sont ni des récits, ni même des rêves !

      Les « 5% » du corpus qui m'appartiennent en propre dans cette base se retrouvent sur RRR. C'était bien assez pour lancer scientifiquement le travail, soit l'établissement d'un recueil justifié de récits de rêves littéraires au sens strict, le corpus étant minitieusement justifié. « Reves.ca » est un fourre-tout sans nom; RRR, un instrument de recherche scientifique.

      En ce qui concerne les « outils informatiques », je suis évidemment mort de rire.

      Guy Laflèche,
      1er septembre 2008.

Table

Yves Gosselin, « Discours de réception », Montréal, Lanctôt, 2003, 162 p.


Le CRILCQ et son Lamartine

Tables rondes
avec les finalistes du
Prix littéraire des collégiens
aux librairies Olivieri (Montréal)
et Pantoute (Québec)
février 2004

Le CRILCQ est le Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises. Il s'agit du nouveau centre regroupant le Centre d'études québécoises (CÉTUQ) de l'Université de Montréal et le Centre de recherche en littérature québécoise (CRELIQ) de l'Université Laval, à Québec.

Pour que tout soit clair sur ce point, je dirai tout de suite que j'ai toujours été un farouche opposant de ces machines administratives dès qu'elles ont dépassé leur fonction initiale, celle du centre de documentation, pour devenir des structures gérant la recherche et des fonds de recherche. À Québec et à Montréal, c'est un demi-million de dollars par année qui est englouti dans le CRILCQ, une fortune, l'essentiel étant détourné de la recherche, la seule qui importe dans notre domaine, la recherche responsable conduite sous la responsabilité intellectuelle des professeurs d'université, avec leurs étudiants.

Oublions un moment la pastorale littéraire du CRILCQ qui finance tables rondes, conférences, lectures, soirées, causeries, colloques, ateliers, séminaires et journées d'études — et leurs publications ! Un centre de littérature québécoise, me semble-t-il, devrait s'occuper de rassembler la documentation POUR les chercheurs, les professeurs et les étudiants. La documentation, la recherche -- la documentation au service de la recherche. Pas de chance, je peux illustrer à moi tout seul, ici, les deux failles des deux piliers foudroyés de l'édifice. Ce n'est pas pour rien que j'ai toujours été un farouche opposant du développement tentaculaire inadéquat de ces centres...

D'abord, question recherche, l'étude que j'ai publiée en 2001 fait la preuve que les ouvrages fondateurs du Centre de Laval (le CRELIQ) sont tout bonnement des amalgames de plagiats d'assistants de recherche recopiés par leurs responsables se livrant à leur tour au démarquage de texte. C'est ce qu'on doit apprendre aux collégiens à ne jamais faire et qui a produit tout ce qui concerne la Nouvelle-France (qui est mon domaine de recherche) dans la Vie littéraire au Québec, puis les Écrits de la Nouvelle-France, dirigés ou rédigés par Maurice Lemire, fondateur du Centre. J'analyse cela mot à mot dans « Les sauvages de l'histoire littéraire », Recherches amérindiennes au Québec (vol. 31, no 2, 2001, p. 105-111). Je ne fais pas d'amalgame ou ne généralise rien du tout : j'explique sur un cas particulier que les « compilations » d'assistants conduisent rarement à la recherche dans notre domaine et souvent au pire, dont exemple.

Ensuite, question documentation, je viens de réaliser une étude critique sur le détournement (il n'y a pas d'autres mots) du patrimoine documentaire des deux Centres de littérature québécoise : l'Union des écrivains québécois en a fait sa chose, ce qui lui permet de délivrer des certificats d'écrivain, privilège de ses membres. Encore un scandale, c'est bien probable. Pour bien saluer mes critiques vis-à-vis du CRILCQ, j'en fais sur l'heure un nouveau chapitre de mes polémiques :

L'« ILE » des simoniaques

Voilà pour le CRILCQ, qui ne m'inspire vraiment pas de bons sentiments.

Cela dit, je puis garder le sens des proportions. Je suis un irréductible opposant au Centre de littérature québécoise, soit, mais ce n'est pas une raison de penser qu'il ne peut en sortir que du mal, du mauvais et du pire. Je proposais même à la Fondation Marc Bourgie, on s'en souviendra, de confier au CRILCQ l'organisation du Prix littéraire des collégiens...

C'est donc avec stupeur et incrédulité que j'ai appris le 12 janvier que le CRILCQ mettait en oeuvre sa pastorale littéraire au service du Prix des collégiens de la Fondation Marc Bourgie. Il faut savoir que cela faisait alors deux mois que je dénonçais l'affaire Gosselin auprès de mes collègues, alors que ce sont quelques-uns d'entre eux, les membres et responsables du CRILCQ à Montréal, qui organisaient l'événement...

Alors voici ma correspondance à ce sujet. Suivra son analyse.

Correspondance

1. Appel à mes collègues contre l'initiative du CRILCQ

13 janvier 2004, 19h42
Professeurs du département des Études françaises,
Université de Montréal.

Chers collègues,

Oui, encore l'affaire Gosselin.

Le CRILCQ annonce dans son « Babillard, calendrier des activités 2003-2004 » (sans aucune date d'édition ni de version d'ailleurs) en page 6, dans ses « Rencontres d'écrivains », une série de rencontres « Dans le cadre du Prix littéraire des collégiens », avec les cinq auteurs en lice, dont le fameux Yves Gosselin.

Comme j'ai adressé mes communiqués aux responsables du CRILCQ de Montréal et de Québec, mes fichiers d'analyses et de protestations ne peuvent avoir échappé aux directeurs et à leurs comités de direction. Si j'étais membre du CRILCQ, je m'opposerais énergiquement à ce qu'on fasse la promotion du Prix des collégiens cette année 2004 et dénoncerais le fait de donner quelque tribune que ce soit au dénommé Yves Gosselin. Il ne s'agit pas de censure, il ne s'agit pas de le faire taire, bien au contraire, mais on ne saurait lui donner une tribune où il ne peut de toutes manières que dire des âneries, c'est forcé, étant donné la nature et le contenu de ses deux romans.

Est-ce que les responsables du CRILCQ, c'est bien le cas de le dire, veulent s'ajouter à la chaîne des irresponsables que je dénonce?

Bien tristement, -- Guy

2. Réponse spontanée du directeur du CRILCQ

Date: Tue, 13 Jan 2004 20:08:53 -0500
From: Pierre Nepveu <
Subject: affaire Yves Gosselin

Cher Guy,

À titre de responsable intérimaire du CRILCQ, je prends acte de ton dernier message au sujet de la table ronde à venir avec les finalistes du Prix des collégiens. Je précise que je n'ai pas lu le roman concerné, Discours de réception, et que je n'ai guère l'intention de le lire: si ce roman t'a indigné, je dirais que le sentiment général est qu'il s'agit surtout d'un assez mauvais roman, passablement ennuyeux. Mais enfin, un jury de plusieurs personnes l'a retenu... Aucun d'entre eux, en tout cas, n'y a lu un manifeste antisémite et je n'ai encore vu aucun journal qui ait porté l'affaire devant le grand public. Ni ton préféré, Le Devoir, ni aucun autre. Le Congrès juif et le B'nai B'rith ne se sont par ailleurs pas (encore) manifestés. Pas plus que les profs de CEGEP dont les étudiants sont en train de lire les romans en lice.

Donc, à moins d'un revirement de dernière heure, tu me permettras de maintenir le programme actuel et la table ronde prévue, avec tout le respect que je dois à ton opinion.

Très cordialement,

Pierre Nepveu
directeur intérimaire,
CRILCQ

3. Réplique à la réponse inacceptable de Pierre Nepveu

From: "Lafleche Guy" <lafleche@ETFRA.UMontreal.CA >
To: "Pierre Nepveu" <
Sent: Wednesday, January 14, 2004 7:09 PM
Subject: Le CRILCQ et l'affaire Yves Gosselin

Mon cher Pierre,

La présente n'est pas personnelle. J'écris au directeur du CRILCQ.

Je ne répondrai pas, évidemment, au message que tu m'as envoyé en réponse à la protestation que j'ai adressée aux collègues et en particulier aux dirigeants et membres du CRILCQ parmi nous. À moins qu'une discussion s'ouvre à ce sujet entre nous, ce qui me surprendrait beaucoup, je n'ai pas à te répondre, ni personnellement, ni devant les collègues.

En revanche, tu dois être bien conscient que le CRILCQ, lui, sera l'objet de mes foudres, ce qui ne devrait pas donner lieu à polémique, pas plus qu'avec le Devoir, la Fondation Marc Bourgie, Lanctôt Éditeur, etc. En général, une fois écrasées mes victimes perdent la crédibilité de simplement pourvoir répliquer. Je te jure que ce sera le cas du CRILCQ, pour la raison évidente que je ne saurais porter des accusations contre les journalistes et dirigeants du Devoir et épargner le CRILCQ parce que ce sont mes collègues qui y travaillent. Je suppose que tu comprends cela. C'est une question d'honnêteté intellectuelle.

Tu me demandes ironiquement si je te permets de maintenir la table ronde réunissant les finalistes du Prix des collégiens. Bien sûr que non. Je n'ai absolument aucun pouvoir au CRILCQ, ni même droit de parole, n'y étant pas membre. Cela dit, pour utiliser ta formule ironique, tu me permettras aussi de dire que, non, je ne respecte pas du tout les opinions du CRILCQ que tu transmets dans ta lettre.

Et c'est l'objet de mon message: je me permets, sans aucune arrière pensée, de te demander de bien vouloir t'assurer que ton message reflète bien la position du CRILCQ, notamment son Comité de direction et ses autres comités supérieurs s'il s'en trouve. Je suppose que oui, ayant parlé à X tout à l'heure: il m'a dit qu'à son avis ton message représentait bien la position du CRILCQ (ce qui n'est pas mon problème, mais le tien, je te le dis amicalement). Toutefois, après quelques minutes seulement (car on ne pouvait se parler longtemps: il devait retrouver ses gants!), il n'avait pas l'air certain d'être d'accord avec cette position, car, contrairement à toi il veut absolument voir le livre et paraissait plus que sensible à mes positions -- et même absolument certain que je ne pouvais pas avoir tort (c'est pour te dire...). Mais pour lui, la question ne se pose pas, car il est en sabbatique.

Je ne sais pas encore quelle forme prendra mon opposition à la Table ronde du CRILCQ sur le Prix des collégiens, mais je devrais normalement commencer par en signaler l'existence, le fait que j'ai protesté en vain, sans publier mon message qui n'apporte rien de neuf, mais en reproduisant le tien qui, lui, présente la position du CRILCQ et m'est adressé de ta part à titre de Directeur.

Je n'attendrai pas ta réponse pour agir, évidemment. En revanche, si tu avais besoin d'un délai pour consulter (à nouveau) les instances ou les comités du CRILCQ, tu voudras bien me dire combien de temps il te faut. Si l'événement était annulé, j'en serais fort heureux: c'est mon premier objectif. Faute de quoi mon second est de le dénoncer. J'en ai le droit et je ne te demande pas la permission. Je tiens seulement à t'en informer clairement d'abord.

Bon jeudi, bon vendredi, et ce sera enfin la fin (de semaine), — Guy

Ou plutôt : Guy Laflèche, titulaire.

4. Piteuse réponse du directeur

Date: Thu, 15 Jan 2004 08:40:28 -0500
From: Pierre Nepveu <
Subject: Re: Le CRILCQ et l'affaire Yves Gosselin

Cher Guy,

Je ne crois pas avoir utilisé l'ironie dans ma lettre, en tout cas ce n'était pas mon intention. Cela dit, oui, je crois en effet que j'aurais besoin d'un délai pour consulter le comité de direction du CRILCQ. La réponse que je t'ai faite ne saurait être considérée comme la position officielle du CRILCQ avant que j'aie parlé à mes collègues. Et puis, il me fait plaisir de t'annoncer que je me suis ravisé et ai décidé d'acheter le roman de Gosselin, pour me faire une idée plus juste de l'enjeu. Cela dit, je t'avertis tout de suite que je ne vais pas m'engager dans une série d'échanges interminables et de courriels fleuves. Tu seras informé en temps et lieu de la position officielle du CRILCQ et des mesures à prendre au besoin.

Très cordialement,

Pierre Nepveu,
directeur du CRILCQ.

5. Réaction à la piteuse réponse de pierre Nepveu

Date: Thu, 15 Jan 2004 11:26:43 -0500
From: Lafleche Guy <lafleche@ETFRA.UMontreal.CA>
To: Pierre Nepveu <

Subject: Le CRILCQ et l'affaire Yves Gosselin (bis)

Le 15 Jan 2004, Pierre Nepveu écrit :

« La réponse que je t'ai faite ne saurait être considérée comme la position officielle du CRILCQ ».

->> Désolé, mais jusqu'à nouvel ordre, tel est le cas.

« Tu seras informé en temps et lieu... ».

->> Désolé, ce n'est pas toi, mais moi qui décide, étant donné que j'aurais dû procéder sans te consulter il y a deux jours déjà, surtout que ma dénonciation date maintenant de près de trois mois.

->> Un délai d'une semaine est plus que suffisant.

->> Dans l'attente de tes nouvelles à ce sujet, — Guy

6. Réponse officielle du CRILCQ

Date: Mon, 19 Jan 2004 18:28:47 -0500
From: Pierre Nepveu <
Subject: affaire Yves Gosselin

Cher Guy,

À la suite de nos échanges, le comité de direction du CRILCQ s'est réuni aujourd'hui, ce lundi le 19 janvier à midi, pour discuter de « L'affaire Yves Gosselin ». Je tiens à préciser que, contrairement à ce que j'avais annoncé, j'ai pris la peine de lire le roman d'Yves Gosselin, Discours de réception, ce qu'ont aussi fait Gilles Dupuis et Patrick Poirier.

Au terme de cette réunion nous en arrivons aux conclusions suivantes:

1. Sans nier que le roman d'Yves Gosselin puisse être tendancieux et complaisant, pour autant qu'il fait tenir à un académicien fictif de 1953 un discours lourdement antisémite, nous sommes d'avis que le roman comme tel ne saurait être considéré comme antisémite et cela pour deux raisons: a) le paratexte (4e de couverture, épigraphes) dit explicitement le contraire; 2) le roman se sert clairement de la figure de Louis-Ferdinand Céline, à qui l'académicien rend hommage, pour critiquer l'hygiénisme et l'eugénisme contemporains, le discours anti-juif du personnage se situant dans une dénonciation plus large, et évidemment ironique, de toutes les impuretés et de toutes les « tares » humaines au nom du progrès médical et technique et d'une « sainte alliance » entre la France et l'Allemagne qui fait bien sûr allusion à l'Europe nouvelle.

2. Nous croyons que l'indigence de ce roman, l'importance outrancière que l'éditeur semble lui accorder [sic], le traitement de Louis-Ferdinand comme « ordure canonisée » en 4e couverture, ainsi que toutes autres questions concernant la valeur littéraire de l'ouvrage et la qualité de son auteur [?] ne sont aucunement de notre ressort. Il n'est pas en notre pouvoir, et ce n'est pas notre rôle, de remettre en question le choix du jury (nous nous dissocierions toutefois de ce choix si nous jugions le roman haineux ou diffamatoire).

3. Le rôle du CRILCQ se bornant à organiser des tables rondes autour desquelles les finalistes du Prix des collégiens sont réunis, et compte tenu des observations ci-dessus, nous croyons qu'il y a lieu de maintenir les activités déjà annoncées. Chacun conserve évidemment l'entière liberté de se présenter à ces tables rondes, d'interroger l'auteur et, au besoin, de dénoncer son travail et ses idées, sans procès d'intention et compte tenu de la liberté de parole de chacun.

Nous espérons, cher Guy, expliquer ainsi le plus clairement possible notre position. Tout en respectant la tienne, nous souhaitons aussi qu'en homme qui déteste à bon droit la censure et qui préconise la liberté d'expression, tu écouteras nos arguments.

Très cordialement,

Pierre Nepveu, directeur intérimaire
CRILCQ, site Université de Montréal.

Analyse

Le CRILCQ et son Lamartine

« Lamartine ». Pierre Nepveu est poète et je trouve très amusant de le désigner du nom du plus pur représentant de la confrérie. Ce n'est évidemment pas sa poésie ni son oeuvre poétique que je désigne ainsi, mais sa fonction ou son travail dans ce domaine, si je puis dire. Poète. Plus poète que Lamartine, je pense que c'est impossible à imaginer.

Mais en réalité, ce que je caractérise ainsi, ce sont les directeurs de nos Centres de littérature québécoise. Je sais que c'est terrible, mais je crois que je peux en faire la démonstration : ces gens-là sont tous des Lamartine.

Il faut dire que Lamartine représente pour moi l'art d'écrire pour ne rien dire. Lorsqu'on n'a pas trois idées, en comptant largement d'ailleurs, il faut tout de même du génie pour en faire des Méditations poétiques, puis de Nouvelles Méditations poétiques, sans compter ses Harmonies poétiques et religieuses. Comment est-il possible d'avoir tant de succès lorsque l'on n'a rien à dire ? Directeurs, il faut que tout le monde comprenne que nous n'avons que de bons sentiments (et rien d'autre !). Mais je reconnais que c'est un art et je le retrouve tout pur dans les admirables textes administratifs des directeurs du CRILCQ. Et Pierre Nepveu plus que tout autre.

Mais tout Lamartine qu'il soit, le directeur d'un Centre de littérature québécoise ne parvient pas toujours à ne rien dire. Il arrive que la vacuité de son expression finisse par signifier quelque chose. Lorsqu'il s'agit de racisme et d'antisémitisme, en particulier, le dérapage est clair : la volonté de ne rien dire et de ne pas agir est si évidente que Lamartine lui-même y perdrait des plumes (l'« aigle »), voire sa plume.

Ainsi, c'est au CÉTUQ et à son Lamartine que le Québec doit l'affaire LaRue, dont j'ai tiré la conclusion dans mes Polémiques, soit la nature du texte de Monique LaRue, qui s'est étouffée de bonnes intentions, avec tous ceux qui l'ont « soutenue » dans cette triste entreprise, dont son texte témoigne à l'évidence, l'Arpenteur et le navigateur, Montréal, Fides et CÉTUQ (oui !), 1996 — publication orchestrée par Pierre Nepveu qui l'a lui même défendue dans le Devoir (26 avril 1997), alors même que la directrice Lise Bissonnette lui servait de porte-voix. Un scandale intellectuel rare. Revoir au besoin mon analyse à ce sujet :

L'arpenteuse du racisme

Je rappelle toutefois ma conclusion, fort simple : Monique LaRue n'est pas raciste, mais le texte de sa conférence, lui, l'est profondément. J'ai expliqué pourquoi. Or, la faute en revient au CÉTUQ et à ses conférences lamartiniennes, jouant de la « transculture »...

La pastorale littéraire de ces centres de recherche n'est pas innocente.

Le cas se présente à nouveau aujourd'hui, mais à l'inverse. Cette fois-ci, c'est le Devoir qui est le premier responsable de l'affaire Gosselin. Il est donc naturel que le CRILCQ lui renvoie l'ascenseur !

Si l'on revoit chacune des six étapes de l'affaire Gosselin selon ma correspondance avec le CRILCQ et son Lamartine, on constate vite que l'essentiel est de noyer de poisson. En logique, on commence par oublier (1) la majeure : l'ouvrage d'Yves Gosselin retenu ou imposé parmi les finalistes du Prix littéraire des collégiens n'a aucun intérêt ni aucune valeur littéraire, en plus d'être profondément antisémite -- même si les bonnes intentions de l'auteur, qui n'est pas antisémite, ne font aucun doute; cela doit être dénoncé. Le CRILCQ remplace tout cela par ce qui a l'air d'une « indignation » ou une simple « intervention » de ma part, d'où (2) la mineure : mais personne ne dénonce cet ouvrage ! Dès lors (3) la conclusion est simple, puisque c'est ce qu'il s'agit de « justifier » : ce n'est pas le rôle du CRILCQ de dénoncer un ouvrage... qui ne l'est pas et ne doit donc pas l'être. CQFD. La table ronde sera maintenue. Et la seconde lettre de Pierre Nepveu d'agiter le grelot de la censure...

Quel style, vraiment. Lamartine. Génial.

Les noms

Il faut donc rétablir les faits. Les noms d'abord : Gilles Dupuis, Pierre Nepveu et Patrick Poirier ne sont pas ceux qui avaient lu le livre d'Yves Gosselin lors de la réunion du 19 janvier, mais bien les trois seuls membres du Comité du CRILCQ présents ! Lorsque l'on sait que l'un d'entre eux, Patrick Poirier, est un employé (le coordinateur scientifique du CRILCQ), on comprend l'attitude de Pierre Nepveu dès son premier message... Le maître, le contre-maître (car je n'ose dire le « cerveau », étant donné l'univers lamartinien de la pastorale du CRILCQ). Je serais curieux de savoir comment la question a été traitée au Centre de Québec où je n'étais pas là pour intervenir...

L'action

L'action ensuite : c'est évidemment la caution donnée au Devoir, à son jury et au Prix de la Fondation Marc Bourgie.

Il s'agit bien là d'une « chaîne d'irresponsabilités », chaque maillon étant justifié par (la « responsabilité » de) tous les autres. Je rappelle le texte de la publicité qui paraît aujourd'hui... dans le Devoir : « Olivieri, librairie-bistro : Prix littéraire des collégiens 2004. Le CRILCQ et la fondation Marc Bourgie présentent une causerie animée par Stanley Péan avec trois des finalistes en lice : Yves Gosselin, Discours de réception, François Gravel, Adieu Betty Crocker, Lise Tremblay, la Héronnière. -- Lundi, 23 février, 19h30 » (le Devoir, 21 février 2004, p. F6).

Donner une tribune à un négationiste, c'est criminel. Promouvoir les turpitudes d'Yves Gosselin, c'est pire : c'est cautionner un très grand nombre d'irresponsables, intellectuels patentés, qui refusent de répondre de leurs actes, qui ont refusé de répondre même tout simplement à mes questions.

Peu importe l'issue du concours (sauf si le roman d'Yves Gosselin sortait vainqueur !). L'institution littéraire fabrique sa justification de la manière la plus implacable : éditeurs, chroniqueurs, directeurs de journaux, membres d'un jury, promoteurs d'un prix et responsables de centres littéraires. L'auteur est le seul qui n'est pour rien dans l'affaire ! Il suffit de lire sa tartine pour le comprendre.

Le résultat

Justement, le résultat enfin : l'analyse incorrecte du Discours de réception d'Yves Gosselin.

En effet, la seconde lettre de Pierre Nepveu, rédigée au nom du CRILCQ, participe manifestement de la critique ou plutôt de l'absence de critique des chroniqueurs du Devoir et de Voir. Certes, on commence, après trois mois d'analyse critique de ma part, à prendre conscience de quelques faiblesses de l'ouvrage, mais pas au point d'y voir le livre sans aucun intérêt ni aucune valeur littéraire dont il s'agit. Plus encore, son propos est lu au « second degré » en fonction des bonnes intentions de l'auteur.

D'ailleurs, pour les « responsables » du CRILCQ, la seule question qui importe est celle de l'antisémitisme, mot qui ne vient pas une seule fois dans ma corresponsance comme on le voit (s'agissant d'un centre littéraire, c'est bien de littérature qu'il devrait s'agir et cela devrait suffire à discréditer l'ouvrage...). Il leur importe de ne pas y donner prise et ils veulent donc s'assurer de leur parfaite innocence, ce dont personne ne peut douter : aussi précisent-ils bien que s'il s'agissait d'un « roman haineux ou diffamatoire (sic) » ils s'en dissocieraient sans hésiter. Comme on le voit, la question qui se pose pour eux, c'est eux. Un Lamartine ne doit pas s'engager, évidemment, mais il doit impérativement se désengager. Ces « responsables » ne doivent avoir aucune « responsabilité ». Bref, si Yves Gosselin n'est pas passible d'une condamnation pour discours haineux ou diffamatoire (sic) et si son roman n'est pas antisémite (sic), alors on n'en demande pas plus.

Pour ma part, comme on le voit à la lecture de mon premier message, le 13 janvier, la question n'est pas de savoir jusqu'où on peut aller sans engager sa responsabilité, mais celle de savoir s'il n'est pas moralement criminel de participer à la promotion de l'ouvrage de quelque manière que ce soit. Là est la question. Et elle porte sur l'analyse du TEXTE d'Yves Gosselin qui est de notre compétence, surtout si l'on est membre d'un Centre de littérature québécoise... Et c'est bien ce que font les « responsables » du CRILCQ pour désengager leur « responsabilité ». Je suis désolé, mais il faut les prendre au mot. On se fichera complètement de leurs ridicules réserves. C'est seulement leur défense du livre d'Yves Gosselin qui peut nous importer, puisqu'il s'agit pour eux de se justifier. Ils écrivent :

« le discours anti-juif du personnage se situant dans une dénonciation plus large, et évidemment ironique, de toutes les impuretés et de toutes les "tares" humaines au nom du progrès médical et technique et d'une "sainte alliance" entre la France et l'Allemagne qui fait bien sûr allusion à l'Europe nouvelle ».

Vraiment ? Mais vraiment ? -- Voilà en tout cas ce qu'écrivent sérieusement nos trois universitaires. Avec la rhétorique de savants professeurs de lettres qui s'y connaissent, ils affirment que « bien sûr » le discours antisémite avec lequel joue Yves Gosselin se situe dans une « dénonciation plus large » et même « évidemment ironique ». Clairement, évidemment, bien sûr, voilà un autoritarisme factice qui n'a pas besoin de la moindre illustration textuelle (et pour cause !). En fait, leur innocence déclarée (et fort crédible, il faut le dire) profite précisément de l'innocence crasse de l'auteur que je dénonce depuis quatre mois : les (bonnes) intentions d'Yves Gosselin ne font absolument aucun doute. Quel sens faut-il alors donner au roman ? Mais voyons, bien sûr, c'est évident, disent nos intellectuels : il s'agit de dénoncer l'eugénisme (!) et l'« Europe nouvelle », « la "sainte alliance" entre la France et l'Allemagne » ! Je les cite au texte, car autrement ce serait incroyable, tellement c'est déplacé d'esbrouffe intellectuelle. Un petit roman de cent cinquante pages publié au Québec, où ne se trouve aucun exposé critique, serait en fait une dénonciation de l'Europe nouvelle et d'un nouvel eugénisme, ce qui est évidemment, pour qui a lu cette tartine vide de la moindre idée, à mourir de rire...

Bref, Gilles Dupuis, Pierre Nepveu et Patrick Poirier, qui ne sont pas des humoristes et vraiment pas drôles, voudraient (pour se justifier) faire croire qu'ils ont parfaitement bien saisi, dans Discours de réception, combien ce roman était politiquement impliqué dans un grand débat qui sévirait actuellement en Europe... On aimerait beaucoup qu'ils nous illustrent leur « lecture » de quelques citations prises du discours bouffon dégradant faisant l'éloge d'un vulgaire antisémitisme et un loufoque eugénisme prêtés à Céline.

La vérité est simple : ce n'est pas vrai.

Nulle part le texte de Discours de réception ne dénonce ni n'analyse de quelque manière ces « idées » d'Europe nouvelle impliquant une alliance de l'Allemagne et de la France actuelles, ni évidemment quelque question que ce soit relative au débat sur l'éthique biologique ou génétique. Inutile de les mettre au défi d'illustrer cela avec le roman d'Yves Gosselin, car c'est impossible.

Si leur analyse du roman est fausse, se situant exactement au même niveau que celles des chroniqueurs du Devoir et de Voir, elle est tout autant dangereuse, pire encore de la part d'universitaires patentés.

Avec un peu, beaucoup d'imagination, c'est entendu, on peut croire que ce sont bien là les intentions de l'auteur. Mais on ne trouve rien, absolument rien de tel dans le roman.

Or, c'est bien à des collégiens, pour des collégiens qu'on présente une oeuvre littéraire exclusivement sur les intentions de son auteur ? C'est ce qu'aura enseigné la pastorale littéraire du CRILCQ avec sa table ronde.

Pourtant, j'explique depuis le début que la réalisation est opposée aux intentions. La portée de mon analyse critique, dans la perspective d'un Centre de littérature québécoise, est considérable, alors même que le CRILCQ en fait fi. Il ne sera pas inutile de la résumer : elle montre que le roman d'Yves Gosselin n'a aucun intérêt ni aucune valeur littéraire, alors même qu'il a été choisi de manière qui le disqualifie par un jury formé par le Devoir pour ses intérêts (le journal ayant publié un compte rendu dithyrambique du roman par son chroniqueur Louis Hamelin et ayant refusé ma réplique... ); l'ouvrage prête à Louis-Ferdinand Céline un discours inacceptable parce qu'il est injustifié; par ailleurs, Discours de réception est un ouvrage profondément antisémite, alors même que l'auteur avait de très bonnes intentions, au-dessus de son talent, et même au-delà.

Tout cela concerne directement les compétences d'un Centre de littérature québécoise, ses responsables et ses membres.

Chose certaine, Gilles Dupuis, Pierre Nepveu et Patrick Poirier, qui ont lu le roman et utilisent le CRILCQ pour en faire la promotion, font preuve d'une rare insensibilité, aussi bien du point de vue littéraire que moral.






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