Les interventions du redoutable polémiste (nous le sommes tous) restent généralement sans réplique, malheureusement, ses victimes n'éprouvant pas le besoin qu'on mesure davantage la justesse de la critique et c'est bien dommage, cela nous permettrait de rire encore un peu, car si le polémiste est intervenu, c'est évidemment que ce n'était vraiment pas drôle du tout.
L'éléphant de porcelaine L'arpenteuse du racisme La brouillonnologue de la CGMM Notre critique et sa poésie
Les fulminations de Dominique Deslandres, de René Latourelle et de Robert Toupin contre le « Mythe contemporain Laflèche »

Polémiques II

Guy Laflèche,
Université de Montréal

Ce livre est une ordure (VI)

Table des matières : index

Yves Gosselin, « Discours de réception », Montréal, Lanctôt, 2003, 162 p.


Les marionnettes du ventriloque

On n'en finira pas. Voici un nouvel épisode de l'affaire Gosselin. Il est typique de l'écriture journalistique. Un journal, la rédaction d'un journal, voire quelques journalistes peuvent manipuler l'information sans y toucher. Il leur suffit, ventriloques, d'utiliser quelques innocentes marionnettes. C'est ce qui se passe cette fin de semaine du 17 avril 2004 au Devoir.

Qu'on en juge.

Aux lecteurs du Devoir

Auto-publi-reportage

C'est en première page que le Devoir affiche aujourd'hui : « Ook Chung remporte le Prix des collégiens ». Pour les innocents lecteurs du journal, c'est une bonne nouvelle. Voilà un écrivain qui remporte le Prix littéraire des collégiens. En réalité, ce n'est pas une nouvelle, c'est une scandaleuse publicité. Première page et photo au verso du cahier (p. A10).

La participation du Devoir au Prix littéraire des collégiens de la Fondation Marc Bourgie, orchestré par le Devoir lui-même, est pour le journal une entreprise publicitaire, un travail de promotion et aussi un instrument de pouvoir aux mains des éditeurs qui contrôlent largement son Cahier des livres.

En tout cas, voilà une présentation du concours 2004 totalement dépourvue d'analyse critique, de l'ordre de la désinformation. L'« événement » de vendredi, c'est à première vue le dévoilement du gagnant du prix, la veille, le 16 avril, au Salon du livre de Québec. Participer à un événement, voire l'orchestrer, et en faire un « événement » de première page, pour un journal, cela ne peut pas être très objectif. C'est pour le moins de l'ordre de l'auto-publi-reportage. En tout cas, on peut dire que le journal sait mettre ses bonnes oeuvres en évidence... Le résultat figure non seulement en première page du journal, mais comprend aussi une page complète du Cahier des livres (p. F4).

Mais comme le Devoir manipule depuis le début l'information dans cette affaire -- le pire des crimes qu'on puisse reprocher à des journalistes --, il n'est pas trop surprenant que le journal trahisse sa mission, celle précisément de... l'information. Par conséquent, voilà une innocente nouvelle en première page !

De qui est-elle ?

Isabelle Porter

C'est la journaliste Isabelle Porter qui « couvre » le Salon du livre de Québec pour le Devoir.

Doit-on supposer qu'elle ignore tout de l'affaire Gosselin et peut rendre compte de l'événement créé par le Devoir sans en tenir compte ? Car, bien entendu, l'événement, c'est le prix remporté par un écrivain, alors c'est le résultat du concours qu'elle doit bien présenter, mais comment le présenter sans tenir compte de la critique que j'en ai faite toute l'année ?

Le plus simple serait évidemment de l'ignorer, puisque c'est ce qu'il s'agit de faire.

C'est du journalisme, ça ?

Examinons donc son reportage... [Texte à venir de cette analyse, dont on trouve déjà les conclusions ici, c'est-à-dire l'essentiel; mais ce sera un plaisir d'entrer dans les détails de l'« auto-publi-reportage ».]

J'aimerais interroger Isabelle Porter. Serait-ce possible ? Je voudrais savoir comment et jusqu'où elle a participé à l'épuration de l'information dans la constitution du publi-reportage au service du journal et des bonnes oeuvres des responsables et partenaires du Prix littéraire des collégiens.

Pourtant, la question la plus importante n'est pas dans les réponses d'Isabelle Porter. En effet, c'est la direction du Devoir qui publie le reportage de la journaliste en première page. Or, ni Jean-François Nadeau ni Bernard Descôteaux ne peuvent plaider eux la naïveté ou l'ignorance, si tel pouvait être le cas de la journaliste. Ils ont donc fabriqué la nouvelle, la première page, voire le reportage signé « Isabelle Porter ».

Isabelle Porter ne le sait peut-être pas, mais elle est bien la marionnette de ventriloques...

Tommy Gagné Dubé

Le directeur des pages culturelles du Devoir nous présente « les meilleurs textes des étudiants [= collégiens] consacrés aux cinq oeuvres en lice » du Prix des collégiens, qui, dit-il, « s'impose désormais comme l'un des plus importants au Québec » (p. F4). On sait déjà que le Prix de la Fondation Marc Bourgie, orchestré par le Devoir, est promu en première page comme « l'un des plus importants au Québec », de sorte que je journaliste, efficace, peut tout de suite en tirer profit. Inutile d'attendre pour savoir si le journal la Presse, par exemple, en fera également un « événement » dans son cahier Lecture de demain... Oublions le conflit d'intérêts journalistique dans cette déclaration anodine.

Question : qui a choisi ces « meilleurs textes » ?

Les mêmes qui avaient choisi le livre d'Yves Gosselin ?

On va vite comprendre qu'il nous faut absolument la réponse à cette nouvelle question. Qui a choisi le texte de Tommy Gagné Dubé sur le roman d'Yves Gosselin ? Qui ?

Car il s'agit d'une action immorale incriminante. Il s'agit là, à mon sens, d'esclavage intellectuel, de traite des idées et d'utilisation d'une personne sans défense comme bouclier. Je trouve cela ignominieux. Moi qui travaille avec des adultes, des étudiants et non des collégiens, jamais je n'utiliserais aucun d'entre eux pour défendre mes idées ou mon institution. Je suis responsable de mes actes, de mes engagements et de ma pensée, et j'en répondrai toujours, précisément parce que je suis capable de les défendre.

Oui, bon. Pas de rhétorique. Venons-en simplement aux faits.

Lettre ouverte à Tommy Gagné Dubé

Voici d'abord le texte du collégien Tommy Gagné Dubé publié par le Devoir et qui devient, de ce fait, une nouvelle pièce au dossier de l'affaire Gosselin. Les bonnes intentions de Tommy Gagné Dubé ne font évidemment aucun doute, et c'est précisément ce qu'exploitent ceux qui l'utilisent à son insu. On se retrouve toutefois avec une présentation du Discours de réception aussi irresponsable que les autres (et c'est bien le cas de le dire), destinée à la propagande favorisant le roman d'Yves Gosselin afin de justifier rétrospectivement ce choix inacceptable et scandaleux parmi les finalistes du Prix littéraire des collégiens. Mais lisons ce texte.

Ensuite, j'en ferai l'analyse critique, le commentant pas à pas.


Un discours-choc

Le livre d'Yves Gosselin se démarque par son originalité et par la réflexion qu'il suscite chez le lecteur

Tommy Gagné Dubé
Trois-Rivières, Sciences humaines / Monde

L'oeuvre d'Yves Gosselin, Discours de réception, est sans aucun doute le livre le plus controversé de l'édition 2004 du Prix littéraire des collégiens. D'ailleurs, certaines personnes (1) trouvaient aberrant que ce livre soit soumis au jugement de jeunes étudiants de niveau collégial (2). Certes, cette oeuvre a de quoi choquer (3), mais la censurer (4) aurait laissé croire que nous manquions de jugement (2) pour interpréter les passages parfois crus de ce livre (5). Et surtout, cela nous aurait privés d'une discussion endiablée (6) qui fut à la fois passionnante et constructive pour chacun de nous (7). Malgré le fait que la majorité des participants étaient prêts à condamner cette oeuvre au bûcher (22) bien avant le début de la discussion, l'opinion du groupe a changé de façon radicale pour être plutôt favorable à l'oeuvre à la fin du débat (8).

Ce Discours de réception est un roman où fiction et réalité s'entremêlent pour provoquer un effet massue. L'audace d'imaginer un scénario où Hitler a gagné la guerre, où le fascisme a triomphé et où de Gaulle a été fusillé ne manque pas de faire réagir (9). L'auteur expose (10) tellement l'antisémitisme à l'extrême qu'une personne ayant rigoureusement parcouru (11) ce livre ne peut percevoir les idéologies en cause autrement que comme totalement absurdes (12).

Avec un acharnement déroutant, il martèle la conscience (13) du lecteur afin qu'il voit la bêtise humaine (14) dans ses habits les plus pompeux (15). Avec ironie, Gosselin présente les effets pervers de l'endoctrinement (16), et l'aveuglement meurtrier (16) qui en découle, où le juif (17) n'a plus que la valeur d'un savon (18). L'hommage à l'écrivain Louis-Ferdinand Céline devient un prétexte (19) : on comprend que l'apologie est dérisoire, mais surtout que nul n'est à l'abri d'une telle aberration, pas plus le grand écrivain que l'universitaire (20) reconnu.

Bien qu'elle ne soit pas accessible à tous en raison de la connaissance que l'on doit avoir des faits et des personnages historiques pour bien comprendre le contexte (21), cette oeuvre, on ne peut plus choquante (22), se démarque par son originalité et par la réflexion qu'elle suscite chez le lecteur. Alors si votre intention était de provoquer une onde de choc et d'inciter les gens à réfléchir (23), je n'ai qu'une chose à vous dire : chapeau M. Gosselin !

Tommy Gagné Dubé


Analyse et remarques critiques

Cher Tommy Gagné Dubé,

Peux-tu croire que tu sois l'auteur du meilleur texte sur le roman d'Yves Gosselin ? Je ne pense pas.

D'abord, comment est-ce possible que le « meilleur » texte sur le livre de Gosselin soit non seulement favorable, mais totalement dépourvu de la moindre critique ? Pas la plus petite réserve... Mon cher Tommy Gagné Dubé, je veux vraiment savoir qui a retenu ton texte et comment. Cela veut dire, évidemment, que je ne pense pas que ton texte soit bon. Tu sais comme moi qu'il est bien écrit. Mais la plupart des mauvais textes sont bien écrits, surtout les pires, comme celui dont parle ton exposé.

Évidemment, toi, tes parents, tes amis êtes fiers cette fin de semaine du 17 avril 2004. C'est cela qui est épouvantable. Tu ne seras probablement pas long à comprendre, je te le souhaite, que tu es tout simplement la marionnette de ventriloques qui utilisent ton texte pour exprimer leurs mauvaises idées, indéfendables, puisqu'ils sont incapables de les défendre eux-mêmes. Tu écris bien : tu écris pour eux.

Tu es fier d'être aujourd'hui dans le journal. Ce que tu ne sais pas encore, c'est que tu es déjà un peu ailleurs, ici. Et ce ne sera pas long que tu devras toi-même rendre compte de ton texte. Tu dois comprendre qu'on ne publie jamais impunément. Si tu n'es pas majeur et vacciné, ce n'est pas mon problème, étant donné que tu es maintenant un propagandiste du livre d'Yves Gosselin et que tu contribues à sa promotion.

Pas de cadeaux de ma part : voici mes notes.

(1) Jamais on ne doit utiliser l'indéfini pour caractériser des opposants. En plus, je vais t'apprendre que c'est une règle de droit : jamais on ne peut faire témoigner des gens qui ne peuvent pas se défendre, ni même corroborer ou dénier des affirmations. Au collège, au cégep, on appelle cela du mémérage. Tu ne peux donc pas parler de « certaines personnes », tu dois nécessairement les identifier. Tu vas vite comprendre que tu ne pourrais pas écrire la suite si tu les désignais, car ton accusation est insoutenable.

(2) Des « étudiants de niveau collégial » cela n'est pas français. Tu veux dire « à des collégiens ». Je te signale d'abord qu'on est, dans la vie, élève, collégien, puis étudiant. On parle donc de collégiens. Personnellement, je n'ai jamais trouvé qu'il était aberrant de soumettre le livre de Gosselin à ton « jugement », car c'est exactement le contraire qui importe : les cas isolés comme le tien où le jugement fait défaut. Eh oui. C'est ça le problème. Mais ne t'inquiète pas, je n'ai pas l'intention de te dire que tu n'es pas intelligent, ni même que tu manques de bon sens. Sauf qu'effectivement tu fais la preuve que tu manques non pas d'intelligence, mais de sensibilité, comme on dit, de sensibilité littéraire, de bon sens critique et peut-être d'intuition.

(3) « Certes, cette oeuvre a de quoi choquer... ». Tu écris bien. Des niaiseries, mais c'est bien écrit. Je t'explique cela plus loin, en (22).

(4) Censurer ? A qui parles-tu ? De qui parles-tu ? Je comprends parfaitement bien, évidemment, que tu tiens ici un discours moralisateur qui n'est probablement pas le tien. Je t'explique l'affaire : « censurer » le livre d'Yves Gosselin, cela voudrait dire en interdire la publication, la diffusion ou la vente; cela pourrait vouloir dire aussi le faire interdire une fois mis en vente. Mais tu sais aussi bien que moi que tel n'est pas le cas. Alors, je répète ma question : de quoi parles-tu ? Tu ne le sais pas. Mais je vais te l'expliquer sommairement : sans le savoir, tu es le porte-parole de petits flics qui m'ont censuré, moi. J'ai expliqué qu'il fallait être vraiment épais pour choisir le livre d'Yves Gosselin pour le Prix littéraire des collégiens. Je te dis bien ce que j'ai fait : j'ai « expliqué » pourquoi c'était aberrant. Évidemment, comme il s'agit d'épais, tu peux imaginer facilement qu'ils ont dit que je voulais censurer Yves Gosselin. C'est ce que tu répètes. Comme tu vois, c'est exactement le contraire de la censure. Cela consiste pour des épais... Oui, bon, tu dois avoir compris.

(5) Je ne peux pas dire que tu édulcores la réalité, car manifestement tu ne sais pas de quoi tu parles. « Cru ». Tu parles de passages « choquants » ? Comme si de rien n'était. Tu te rends comptes ? Non, évidemment. Tous ceux qui (au Devoir, à Voir), comme toi, font un compte rendu favorable du livre d'Yves Gosselin (livre dont tu n'as pas encore dit un traître mot, je te signale) en disent la même chose que toi : rien. Ils ne disent pas ce qu'on y lit. Non, c'est « cru ». Tu trouves vraiment que le mot convient ? Tu vois, moi je dis que c'est abject et, comme tu peux le voir dans le présent dossier, je sais de quoi je parle, car je cite le livre au texte.

(6) Excuse-moi de t'interrompre, mais si je comprends bien tu juges un livre par les discussions qu'il suscite ? C'est-à-dire qu'un livre important pour toi, c'est un livre dont les autres parlent et dont on pourra se vanter de l'avoir lu ? Pourtant, la littérature, ce n'est pas une affaire de conversation et je ne vois vraiment pas pourquoi un roman devrait susciter des discussions... Moi, tu vois, c'est le dernier de mes soucis. La littérature, c'est fait pour être lue. Ce n'est pas une affaire de discussion de salon.

(7) Bravo mon vieux ! Tu parles encore pour les autres. Ce serait trop te demander de nous dire en quoi cela a été « constructif » pour toi ? Pour ce qui est de la passion, tu as simplement la passion des discussions de salon, on vient de le voir. Tout cela, c'est de la pastorale littéraire. Remarque bien qu'il y en a qui en font carrière.

(8) Si je comprends bien, tu n'es pas très représentatif de ton groupe de discussion, mais tu as eu une grande influence... Non, ce n'est pas cela ? Je suis tout de même surpris que tu n'aies retenu absolument aucun argument de ceux qui n'ont pas manqué de te dire qu'ils n'avaient pas particulièrement aimé le Discours de réception. Si tu l'avais fait, tu aurais vite compris que, toi, tu n'avais absolument aucun argument en faveur du livre. Si je te dis que le livre est ennuyant, tu ne peux évidemment pas me dire le contraire, puisque tu vois bien qu'il ne se passe rien dans ce « roman », ni non plus qu'on y trouve des idées intéressantes, car tu n'en trouveras pas une. Et ainsi de suite.

(9) (22) « Effet massue », vraiment ? Il n'y a aucun jeu opposant la réalité et la fiction dans ce Discours et, pire, tu vois de l'imagination débordante dans des hypothèses idiotes d'enfants d'école primaire. Quelle audace ! Tu ne trouves pas que cet Hitler-là, celui imaginé par ce pauvre Yves Gosselin, est pas mal moins « original » que l'autre ? Même un peu sympathique, précisément parce qu'il ne fait pas grand chose. En tout cas, il est moins dangereux que le vrai, c'est déjà ça. Excuse-moi de me moquer gentiment de l'audace que tu trouves à ton pauvre auteur, étant donné que l'histoire, elle, a été terriblement audacieuse, plaçant un fou furieux à la tête d'un État. Cela dit, tu écris bien. « L'audace d'imaginer... ne manque pas de... ». Aussi : « condamner cette oeuvre au bûcher »... Et encore : « cette oeuvre, on ne peut plus choquante »... Écoeurante, peut-être ? Abjecte, mon vieux.

(10) Tu veux dire probablement « porter, pousser à l'extrême ». Justement, le problème c'est précisément qu'Yves Gosselin n'expose rien.

(11) « Rigoureusement parcouru ». Tu veux probablement dire « lu ». En fait, on comprend que tu veux plutôt dire que ceux qui ne pensent pas comme toi ne savent pas lire. « Une personne ayant rigoureusement parcouru ce livre », tu veux-dire toi-même, n'est-ce pas ?, comme moi-même ? Et si on te disait que c'est toi qui n'a rien compris ? Alors je te réécris ta phrase, pour que tu comprennes bien (c'est le cas de le dire) : « L'auteur caricature tellement l'antisémitisme qu'une personne le moindrement critique qui aura lu l'ouvrage jusqu'à la fin ne manquera pas de considérer cette publication comme une aberration ». Et tu vois, je n'oserais pas écrire cette phrase sans faire la preuve de ce que j'avance, comme je l'ai fait longuement, tu peux le voir dans les fichiers de ce dossier.

(12) Le problème, c'est que les « idéologies en cause » (pourquoi ce pluriel ?) ne sont pas « totalement absurdes ». Ou plutôt, si, peut-être, mais Yves Gosselin ne les ridiculise nullement (il n'en a pas l'art), mais les caricature. Ce n'est pas du tout la même chose. Ce n'est pas difficile à comprendre : tu peux ridiculiser n'importe qui, c'est facile et c'est incorrect; en revanche, tu ne peux critiquer personne à tort et à travers.

(13) C'est quoi, cela, la « conscience du lecteur ». On dirait du Isidore Ducasse. Tu connais ? Les Chants de Maldoror du comte de Lautréamont.

(14) « La bêtise humaine ». Humaine?... Par opposition à la bêtise divine, peut-être ? Tu veux vraiment dire la bêtise des hommes ? Excuse-moi, mais j'ai le droit de protester, surtout en l'occurrence. La bêtise se mesure et commence, avec les épais, au pied de l'échelle. Je n'en suis pas. Parle pour toi, mon cher. Bon, d'accord, je rigole.

(15) Tu as le style vraiment pompier, mais c'est normal. Je le sais bien : tes professeurs aiment cela. Mais si tu te demandes ce que cela signifie, tu verras que ce n'est pas très clair. En revanche, tu pourrais peut-être remarquer que le style qu'Yves Gosselin prête à son personnage anonyme est vraiment très quelconque et bien éloigné de tout « discours ». En fait, ce serait le style pompier du sieur Gosselin, auteur de la tartine... Tu vas vraiment m'en vouloir, mais disons que vous avez tous les deux le même style. Un style de collégien ? Oups !... Tu parles de la pompe des habits de la bêtise de qui, au juste ? Je pense que cela vaut la peine que je te répète : « la bêtise humaine dans ses habits les plus pompeux ».

(16) « Endoctrinement » ? « Aveuglement meurtrier » ? Le second découlant du premier, évidemment. Tu trouves cela où, exactement, dans le Discours de réception ? Et tu penses qu'Yves Gosselin nous présente cela avec ironie en plus... Alors écoute. Je te propose un petit exercice vraiment facile, en principe : pourrais-tu faire un résumé et si possible un « plan » du prétendu discours ? C'est une question piège, évidemment. Si jamais tu réussis l'exercice, ce qui est impossible, tu pourras prouver à tous ceux qui ont déjà comme moi essayé de te faire comprendre que cet ouvrage était un navet assommant qu'ils avaient tort. Bonne chance !

(17) Juif, juif, juif ?... Je me demande pourquoi tu parles « du » juif, tout à coup. Je pense que j'ai parfaitement le droit d'ironiser : il me semble que tu es hors sujet.

(18) Là, je pense que tu n'as pas bien compris... Et c'est un peu triste. Tu dois avoir eu quelques cours d'histoire à ton collège, non ? Savon et juif, mis ensemble, cela ne te dis rien ? Oui, c'est assez terrible. Persécutions, déportations, camps de concentration, camps de la mort... C'est avec cela que joue Yves Gosselin, tu n'avais pas remarqué ? C'est même un peu le sujet de son livre. C'est drôle comme cela occupe peu de place dans ta réflexion... Ce qui explique l'ironie de ma petite note précédente, au cas où tu ne l'aurais pas comprise.

(19) Tu as raison. Et c'est criminel. On n'a pas le droit, je pense, d'utiliser un écrivain, une personne, qui que ce soit, même de nos ennemis, comme « prétexte », tu ne penses pas ? C'est profondément immoral. Tout le monde a le droit au respect de sa personne et de son nom.

(20) La prochaine fois, tu écris « le journaliste reconnu ». D'accord ?

(21) Mon cher collégien, je te souhaite de comprendre vite que l'esbroufe des noms propres est à la portée de n'importe quel imbécile. D'ailleurs, je n'ai pas de félicitations à te faire. Tu vois bien qu'Yves Gosselin se gargarise de quelques pauvres noms propres sans jamais désigner leurs faits et gestes, présenter leurs oeuvres ou leur pensée. Tu n'as pas compris qu'il n'y a là que forfanterie ? Et par-dessus le marché tu as le front d'accabler ceux qui, contrairement à toi, ne comprendraient pas... quoi ? Donc, voilà une oeuvre qui n'est pas accessible à tous, mais à toi, oui, ou non ? Relis-toi, mon cher.

(22) Plus haut, en (9).

(23) De plus en plus faible. On aurait dû t'expliquer que ta dernière phrase était vraiment de trop, surtout qu'elle relève du genre épistolaire. Tu nous dis que ce Discours de réception suscite la réflexion; alors, si c'était l'intention de l'auteur, bravo, c'est réussi ! Veux-tu que je te dise le fond de ma pensée ? Si ce livre pouvait susciter une quelconque réflexion, alors forcément on en verrait trace dans ton texte. Elle porterait, par exemple, sur l'antisémitisme et tu commencerais à te demander de quoi il s'agit au juste et tu comprendrais vite que les formes de racismes sont multiples, l'antisémitisme aussi, et qu'il s'agit même dans certains cas de doctrine, de pensée organisée. Mais le Discours de réception aligne tout simplement des niaiseries durant cent cinquante pages avec des personnages complètement loufoques. Tout cela n'a aucun rapport avec quelque forme de racisme et d'antisémitisme que ce soit et par conséquent ce que tu dis n'est pas vrai. Ce livre ne suscite aucune réflexion. En revanche, si tu y réfléchis un peu, je suis persuadé qu'il suscitera tout simplement ton indignation. D'autant plus que tu n'auras malheureusement pas eu le réflexe de voir tout de suite qu'il n'y avait là aucun « discours choc » ni matière à réflexion.

Voilà.

J'ai seulement une dernière question. Le titre de ton texte dans le Devoir n'est pas de toi, n'est-ce pas ? Tu vois, c'est le pouvoir des journalistes et c'est ainsi qu'ils nous font parler. On est tous un peu leurs marionnettes, mais toi, je dois dire, ils ne t'ont pas manqué.

Je ne te félicite pas, Tommy Gagné Dubé, évidemment, mais je te souhaite des lectures un peu plus originales et intéressantes que la tartine que tu n'as pas su apprécier correctement à sa totale absence de valeur littéraire. Mort à crédit de Céline, par exemple. Alors quand tu pourras trouver Bagatelles pour un massacre, tu verras bien que l'auteur de ce pamphlet antisémite n'est pas tout à fait un crétin et tu comprendras d'un seul coup qu'Yves Gosselin a tout faux. Les antisémites ne sont malheureusement pas de vulgaires bouffons insipides.

Salut, -- Guy Laflèche


Table des matières : index

TdM -- TGdM